Le café Gaudron et la pompe à essence de

la Boire d’Anjou

Raconté par Michelle Goalec

La Boire d'Anjou : le café Gaudron

Après avoir été fermé pendant 5 années suite au décès de mon arrière grand-mère et de ma grande tante Marie Gaudron, en 1925,  le café-épicerie  de la Boire d’Anjou est repris par mes grands parents en 1930.

La première pompe à essence: 1938-1960

La circulation automobile de développe et il y a un passage de voitures important sur la levée de la Divatte. Les nantais ont souvent un pied à terre au bord de la Loire et les pêcheurs apprécient  les petits coins tranquilles.

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Mais ces voitures ont besoin de carburant. Les réservoirs ne sont pas très grands et la panne d’essence menace  quand on s’aventure un peu trop loin !  

Bien sûr, il y a quelques bidons et un entonnoir pour dépanner mais enfin une pompe à essence s’impose, c’est l’avenir !

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Café Gaudron : le rendez-vous des pêcheurs
Une traction avant Citroën devant le café, qui n'a pas encore de pompe à essence

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Le 3 Mars 1938, Marcel Gaudron, envoie un courrier aux autorités compétentes  pour demander l’autorisation d’implanter un appareil fixe de distribution d’essence au droit se son établissement en bordure de la Divatte.

Cette autorisation lui est accordée en bonne et  due forme le 24 Juin 1938 par la Préfecture de Nantes  pour une période de cinq ans, renouvelable.

 Un peu d’histoire. En 1921, une nouvelle société voit le jour en France : la SATAM (société anonyme pour tous appareils mécaniques). Elle s’occupe notamment de l’implantation de distributeurs  d’essence. 

Aux Etats Unis, bien sûr, on a déjà inventé bien des procédés pour ravitailler les véhicules  et en 1925, en France le réservoir romain (?)fait son apparition.

L’essence est vendue sous la forme de multiples de 5 litres à partir d’un fût de 200 litres. 

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Activée manuellement cette pompe permet la distribution directement dans la rue.

On actionne un bras qui fait fonction de pompe, on voit le liquide monter dans un globe transparent  du distributeur relié au cylindre, et quand les 5 l sont  atteints,  un dispositif se déclenche et l’essence est versée dans le réservoir du véhicule.

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Les fûts sont fournis par la Compagnie Industrielle des Pétroles. Ils sont consignés.                                                                                                

A la Boire d’Anjou, ces cylindres sont entreposés  dans une pièce donnant sur le jardin et située quasiment sous le distributeur, pour des raisons pratiques.

Au fur et à mesure que les fûts se vidaient, ils étaient mis dehors, faciles à rouler en attendant sans doute le camion de carburant qui allait venir refaire le plein.

Mon père avait 13ans quand cette pompe a été installée. Il était bien en âge de l’utiliser et de servir les quelques clients de l’époque. J’imagine qu’il devait en être un fier …    

Mais la guerre est arrivée… Vers1943 peut être, ci-après ma tante Marcelle avec des clients. 

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(A l’arrière la pompe à essence)                                 

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Fût de 200 litres
La première pompe installée. Au fond, une Celtaquatre Renault
La première pompe installée. Au fond, une Celtaquatre Renault
En terrasse, au café Gaudron. Au fond, on aperçoit la pompe à essence
En terrasse, au café Gaudron. Au fond, on aperçoit la pompe à essence

Pendant la guerre,  la pompe n’a pas dû beaucoup fonctionner, il n’y avait plus de carburant.

La pompe est surmontée du sigle d’un cheval ailé qui est celui de la société  MOBIL

L’activité a repris vers 1946 et n’a cessé de croitre ensuite.

Comme cette  installation est restée en service  jusqu‘en 1960, je m’en rappelle assez bien, je me souviens avoir pompé et distribué de l’essence.

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Si je ne me souviens plus du fonctionnement exact de cette installation, je peux vous dire qu’à cette époque pourtant,  ces cylindres d’acier , déposés vides près du garage où mon père remisait sa traction, sont souvent devenus, dans l’imagination des enfants du village,  des chevaux que nous enfourchions en criant pour jouer à la guerre.

 Les étendues sableuses du bord de Loire étaient notre far West et les cylindres complétaient  l’illusion en devenant montures !

Et bien sûr quelquefois, il y avait des chutes et des blessés qu’il fallait soigner, réconforter,  vraiment comme au cinéma !

Il serait peut-être bien de faire des recherches plus complètes sur ces premiers postes d’essence qui font de nos jours le bonheur des collectionneurs tant ils étaient diversifiés, surprenants,  décorés,  de toutes tailles. C’était toute une époque, ils étaient des précurseurs… avec tellement de charme !

Je pourrais aussi parler des voitures, des marques, de leur évolution. D’autres en parleront mieux que moi, je préfère vous raconter ce dont je me souviens.

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La station service   1960 – 2005

Les temps modernes sont parvenus jusqu’à nous et les pompes à essence fonctionnent maintenant à l’électricité.  C’est beaucoup mieux, bien sûr, mais comment faisait-on en cas de panne de courant ?

En 1960, c’est mon père, René Gaudron, qui fait  auprès de la Préfecture, une demande  pour l’installation d’un dépôt de quinze mille litres de carburants en réservoir souterrain et l’implantation d’un nouveau poste d’essence automatique. 

La société Mobil apporte sans doute sa contribution à ce nouvel équipement. La règlementation est draconienne.

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Il faut construire la cuve, remblayer une parcelle de terrain, faire un accès règlementé au nouveau poste qui ne servira dans un premier temps que de l’ordinaire.

Il faudra apprendre à se servir de ce pistolet qui  pourra servir aussi bien en litres qu’en francs, et  à ne pas dépasser le montant indiqué par le client !

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Il reste à rendre agréable cette station service !  Une partie surélevée est destiné au fleurissement de l’endroit et ma mère prendra plaisir à l’entretenir : ce fut l’occasion d’aller au village des potiers du  Fuilet chercher des paniers et des jolis pots de terre cuite.

Mais hélas, ces poteries furent cassées ou volées et il a été plus simple de planter des fleurs en pleine terre par la suite.

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1960 - Mes parents, Lucienne et un jeune voisin
1960 – Mes parents, Lucienne et un jeune voisin

Pendant une dizaine d’années   il n’y aura qu’un seul poste d’essence  distribuant uniquement de l’ordinaire.

A cette époque, les clients ne se servent pas tous seuls,  et cela ne vient à l’idée de personne, il faut un  pompiste. L’automobiliste s’arrête devant la station : si on est disponible, on va le servir de suite, sinon, il vient au café pour avertir qu’il a besoin de carburant  et attend en prenant une consommation.   Personne ne s’énerve !   Et  il n’y a pas d’alcotest !

Le café-épicerie-essence est ouvert  toute la journée sans interruption de 7heures du matin à 9h du soir  et même plus en été.

Il n’y a pas de jour de fermeture dans la semaine  ni même dans l’année. 

Il faut donc assurer ! 

 Car le client est roi, par tous les temps,  pluie, vent froid, (il n’y a pas d’abri) à tout instant et particulièrement au moment du repas ! 

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On se regarde alors en pensant : qui va se lever, qui va se dévouer, qui va abandonner son assiette  pour aller remplir le réservoir du client qui attend ?

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C’est aussi la seule station ouverte le dimanche après midi sur la commune de la Chapelle Basse Mer et sur la levée de la Divatte 

Et en été, il y a beaucoup de circulation sur les bords de Loire…

L'accès au réservoir est encore très souvent situés sous le capot de la voiture. Et il ne faut pas se tromper ! Notre traction a été remplacée par une 2CV. 
L’accès au réservoir est encore très souvent situés sous le capot de la voiture. Et il ne faut pas se tromper ! Notre traction a été remplacée par une 2CV. 

Ca tombe bien, j’ai 15 ans, je suis en vacances !!!                                             …                    

Et comme je n’aime pas trop servir à boire, je sers l’essence !

Je m’installe pour l’après-midi près de la pompe avec table, parasol, et tourne-disque quelquefois, j’ai mis mon tablier. Il a une grande poche. J’y mettrai tous les billets et les pièces qu’on va me donner, quelques pourboires, peut-être des chèques, car bien sûr, on ne connait pas encore les cartes bancaires.

Quand Maryvonne, ma cousine est en vacances chez nous, nous assurons toutes les deux le service en écoutant la musique, c’est plus gai!

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Souvent les clients descendent et ouvrent leur réservoir,  mais pas toujours.

C’est ainsi que  soulevant le capot d’une voiture, j’ai  mis de l’essence dans le filtre à air  au lieu du réservoir !

Le client était bien sûr très embêté! Moi aussi, vous pensez ! Je suppose qu’il a fallu l’intervention d’un mécanicien mais je ne m’en souviens plus.

J’ai fait très attention par la suite….

J’ai 15 ans, je suis en vacances !!!  Et comme je n’aime pas trop servir à boire, je sers l’essence !

J’ai 15 ans, je suis en vacances !!!

Et comme je n’aime pas trop servir à boire, je sers l’essence !

Les agriculteurs des villages voisins viennent  aussi se ravitailler à la Boire D’Anjou.

Les bons d’essence : 

L’essence coûte cher et il en faut de plus en plus surtout dans le milieu agricole qui s’équipe à grande vitesse de différents engins nécessaires à l’exploitation des terres maraichères.

Le gouvernement octroie, sur justificatifs présentés en Mairie, des bons d’essence détaxée, c’est-à-dire moins chère, en fonction du matériel déclaré.

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La quantité d’essence attribuée à chaque agriculteur n’est pas toujours distribuée en une seule fois, une comptabilité s’impose. Il n’y a pas d’ordinateur, donc on utilise un carnet  où l’on inscrit chaque opération.

J’ai trouvé un carnet qui a défié le temps : (il  n’y a pas de date  mais je pense qu’il s’agit des années 64-65) c’est un agenda : les bénéficiaires (et clients) y sont inscrits par ordre alphabétique avec la quantité d’essence détaxée autorisée (50 l, 100 l 200 l ) ce sont nos voisins  de la vallée ou de la Varenne , des noms que je connais  bien.

A chaque passage, la quantité d’essence servie dépasse rarement 20 litres.

Au fur et à mesure, on y inscrit l’essence distribuée en litres et on vérifie qu’on n’a pas dépassé la quantité autorisée.

Les bons sont remis au fournisseur d’essence qui doit en tenir compte dans la facturation générale.

Il y a encore des bons d’essence dans ce carnet  et je découvre qu’il y a des bons de 2e et 3e série! Mais  je ne sais pas à quoi ça correspond : il faudra demander aux utilisateurs qui s’en souviennent et qui pourraient dire combien de temps à duré ce dispositif.

Mai 1968

En 1968, au mois de Mai, il n’y a plus de carburant! 

La grève générale met les automobilistes au repos.

A la fin du mois, par miracle, une citerne vient réapprovisionner la station!

Dans l’heure qui suit, on voit arriver une cohorte de voitures  (et pourtant à l’époque, on ne connaissait pas les portables)     qui fait la queue sur plusieurs centaines de mètres et que l’on sert sans discontinuer.

Une photo aurait été prise mais elle est pour l’instant introuvable!

De 1970 à 2005

Dans les années 70, le super vient s’ajouter à  l’ordinaire et il y a deux postes mais les conditions restent les mêmes: ouverture 7jours sur 7, y compris le dimanche et le client ne se sert pas tout seul.

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Bon d'essence
1970 - Ordinaire et super
1970 – Ordinaire et super

A partir de ces années, on voit apparaître des grandes surfaces et des stations plus modernes où le carburant est moins cher, où l’on se sert tout seul.

La concurrence est rude, la vie plus trépidante, les gens partent en vacances à la mer.

Le temps passe, puis ce sont mes enfants qui viennent, pendant les vacances, aider leurs grands parents au commerce.

Petit à petit, inexorablement,  c’est le déclin pour les petites stations.

Certaines résistent, une trentaine d’années mais les nouvelles normes de conformité assènent le coup fatal.

La station de la Boire d’Anjou cesse son activité le 1er Janvier 2005.

Peu à peu les postes sont démontés et la cuve vidée mise hors service. Il n’y a plus de trace de cette activité sauf un espace où l’on peut se ranger et faire demi-tour …

Voir aussi, raconté également par Michelle Goalec, le camping de la Boire d’Anjou.

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